La traversée du miroir

   De la transformation à la mutation

 

          Depuis une vingtaine d'années, ma démarche personnelle et professionnelle m'a amenée à accompagner un grand nombre d'êtres sur le chemin du retour vers soi. Au cours de ce processus, j’ai vécu de nombreux changements et bouleversements aussi bien intérieurs qu’extérieurs qui ont largement contribué à l’exploration d’un thème si précieux à mes yeux: l’expression et la manifestation de notre humanité dans l’expérience de notre incarnation terrestre.

 

          En septembre 2013, une phrase prononcée au cours d'un rêve semble m'indiquer qu'une nouvelle étape se pointe à l'horizon. Dans ce rêve, j'affirme que j'accompagnerai les êtres dans leur traversée du miroir. La simplicité de cette phrase est dans un premier temps déconcertante mais déclenche en moi, au fil des semaines suivantes, une rétrospective de mes observations et expériences tant personnelles que professionnelles concernant les multiples attitudes et comportements humains qui entravent les dynamiques relationnelles saines. Celles-ci demeurent encore, à l’heure actuelle, si troublées et troublantes.

 

          Pourtant, l'espace relationnel est, selon moi, le seul espace où l'être humain ressent pleinement ce que et ce qu'il est véritablement. La proposition de cet espace se résume essentiellement à laisser la Vie se manifester en nous et à travers nous dans les divers échanges que nous entretenons avec notre univers aussi bien intérieur qu'extérieur. Cet espace de rencontre avec l'Un, si nous le visitons sainement et en assumons les conséquences,  favorise l'expansion de la Présence Je Suis, par le ressenti du lien profond qui nous unit tous et chacun. Il ne s'agit nullement d'une expérience facile ou magique car ce processus nous propulse dans l'exploration et l'expérimentation d'une relation saine avec toutes nos dimensions intérieures, qu'elles soient positives ou négatives, agréables ou désagréables et même évolutives ou involutives.

 

          Force est de constater que la plupart des êtres humains ne sont guère en relation avec eux- mêmes et encore moins avec les êtres qu'ils côtoient. La plupart du temps, ils sont plutôt en réaction. De ce fait, les interactions réelles et authentiques avec leur environnement demeurent fort limitées. Les nombreux pièges personnels et relationnels découlant de ce manque de contact avec soi, témoignent de l'existence de luttes intérieures dévastatrices sur le plan humain; nous ne pouvons sous-estimer leurs influences sur notre réalité extérieure. Il suffit d'observer les nombreux conflits mondiaux et événements dramatiques se déroulant sur Terre actuellement, pour constater qu'une dysharmonie désastreuse persiste en chacun de nous.

 

          La présence de telles luttes intérieures, qu'elles soient issues de mémoires d'expériences passées ou de programmations inculquées et maintenues par diverses manipulations extérieures, entrave notamment et parfois gravement l'accès à l'espace relationnel. L’expérience de la Présence Je Suis est pour ainsi dire diluée par ce manque de conscience de soi qui génère par la suite différents blocages entravant l'exploration et l'approfondissement de la connaissance de soi.

 

          Cette difficulté d'être en relation authentique avec soi affecte évidemment l'expérience personnelle de la Vie. Cela pourrait expliquer pourquoi tant d'êtres ne transpirent pas la vie; ils semblent davantage être en état de survie. Bien que l'être humain dispose de plusieurs mécanismes de survie utiles dans certaines situations, leur utilisation doit demeurer temporaire. La persistance d'un tel état de survie entraine de nombreuses conséquences néfastes tant d'un point de vue global que spécifique.

 

          Le refus de s'ouvrir à la vie devient un frein à l'évolution globale de l'être; son niveau vibratoire étant quotidiennement maintenu au plus bas niveau. L'état de survie se transforme insidieusement en état de servitude. Les tentatives effrénées quasi désespérées de correspondre aux critères d'une soi-disant normalité se multiplient et témoignent de l’ignorance de la véritable histoire de notre humanité. Les humains doivent se souvenir et réaliser que les normes auxquelles ils tentent d’adhérer ont en fait été créées et imposées par des êtres dont les motivations ne concernaient aucunement l’évolution de notre humanité, encore moins le bien-être de tous et chacun. Tout fut d’ailleurs mis en œuvre afin de maintenir un état d’ignorance chez l’être humain, le rendant ainsi plus malléable. L’être cherche donc à devenir normal mais il s’y perd complètement. Il ne lui vient même plus à l’esprit d’être simplement humain. Il en oublie par conséquent l'essentiel de la vie: la Vie elle-même.

 

          Il persiste sur Terre un tel niveau d’appauvrissement relationnel, qu'il devient aisé de saisir les causes d'un changement radical au niveau de diverses valeurs; la notion de quantité, par exemple, a depuis longtemps supplanté la qualité et ce, dans plusieurs domaines.

 

          La plupart des êtres demeurent prisonniers dans ce que je nomme le couloir de la vie. Ils y subissent les aléas de leur "incarcération" dans la dimension terrestre sans ressentir le sens profond de leur incarnation actuelle. Le manque de sens à la vie et plus spécifiquement à sa propre vie ne peut, qu'engendrer confusion et dispersion chez l'être fragilisé par la perte de points de repères sains.

 

          Dans les faits concrets, les êtres ne distinguent plus clairement leurs besoins véritables. Ils se raccrochent ainsi à des désirs ou fantasmes irréalistes qui ne peuvent, au bout du compte qu'intensifier les insatisfactions personnelles et relationnelles. . Il n’y a que dans le couloir de la vie, qu’un être multiplie les tentatives de réussite ou d'explorations visant à prouver qu’il est quelqu'un. J'ai rencontré un nombre effarant d'êtres s'activant dans différentes démarches dont le but inconscient demeure la justification de leur existence ou présence sur Terre. Sous cette prétention à peine voilée pour un regard averti, se cache une grande insécurité. C'est plus souvent qu'autrement pour cette raison, qu'un être recherche des informations susceptibles de dévoiler la grandeur et/ ou la puissance de son âme. Ces attitudes révèlent un manque flagrant de connaissance de soi. L’être ne se reconnaît pas véritablement puisqu’il ne se connaît pas; il n’a donc plus accès au ressenti de la valeur de son Être.

 

          Ce manque de connaissance de soi s'exprime notamment lorsque les êtres manifestent des sentiments d'abandon, de doute et de peur. Dans ces moments l’être se détourne de lui-même en cherchant à l’extérieur des réponses ou des êtres qui le soulageront de ses misères. L'attente constitue d'ailleurs le dénominateur commun des expériences à demie vécues dans ce fameux couloir de la vie. Qui d'entre nous n'a pas déjà ressenti cette affreuse impression d'être abandonné, perdu au beau milieu de nulle part?

 

          D'un point de vue humain, ce sont ces sensations qui accentuent l'impression d'un vide incommensurable. L’expérience, quoiqu’inconfortable de ces sensations, permet cependant de saisir que l’illusion du facteur temps conditionne les nombreuses attentes humaines. J’ai constaté tant de fois que dans le couloir de la vie le facteur temps supplante pratiquement complètement celui de l’espace. Pourtant dans notre dimension humaine, le temps n’existe que pour nous permettre d’explorer le chemin qui nous mène à la Vie.

 

          Le couloir de la vie est principalement constitué de cloisons qui alimentent également l'illusion de la séparation, isolant l'être dans le vécu de ses diverses expériences humaines. Il se retrouve alors plus souvent qu'autrement confronté à lutter ou à essayer de contrôler ses nombreuses insécurités, frustrations et angoisses. Ces diverses tentatives de contrôle intensifient et multiplient les peurs à l'origine de toutes les réactions de fermeture et de jugement. Dans le couloir de la vie, les êtres s’obstinent à refuser de s’ouvrir à l’expérience de tous les dérangements humains. Ils ne veulent pas être dérangés intérieurement, ils ne veulent pas déranger les autres. Cette grande peur du dérangement ne cache que la peur de créer. Toutes les peurs humaines révèlent en fait l'existence d'une seule et vaste peur: la peur de vivre.

 

   Pourtant, l'incarnation terrestre n'est certes pas une condamnation. Elle est une invitation vibrante de propositions diverses mais n’ayant qu’un seul objectif précis : votre participation à la création.

 

          Dans ce couloir, l'être se dissocie de ses vérités intérieures et adhère parfois, bien malgré lui, à des paramètres qu'il finira par croire aveuglément. Le faire, la réussite, le bien et le mal, l'avoir, sans oublier l'illusion du facteur temps ne sont que quelques exemples parmi tant d'autres de paramètres qui altèrent le regard des êtres humains sur l'univers.

 

          Dans un tel état de confusion, Il devient difficile voire presque impossible de reconnaître et de rencontrer notre être véritable. L'être, privé en quelque sorte de lui-même, tente d'amenuiser ses sentiments de souffrance, de solitude, ses doutes et ses nombreuses incompréhensions en adoptant une multitude de mécanismes de défense. L'utilisation de tels mécanismes accentue le leurre de la fermeture par mesure de protection en augmentant significativement le fossé séparant l'être de son centre, de lui-même et des autres.

 

          Les nombreuses réactions avec ses univers intérieurs et extérieurs se succèdent quotidiennement, fragilisant l'être en semant une confusion marquée au niveau de sa connaissance et de sa compréhension des sources réelles de l'existence et de la persistance de ses états de manque et de souffrance.

 

          La projection constitue un mécanisme largement utilisé chez la grande majorité des êtres humains. Ce mécanisme consiste à projeter sur les autres toutes les parties de soi que l'on refuse de reconnaître et certes de ressentir en nous. L'origine des expériences vécues et ressenties dans une certaine forme de soumission est alors considérée comme étant extérieure et indépendante de nos propres pensées, émotions et actions. Dans cette perspective, l'univers extérieur est responsable de tous les malheurs tandis que l'autre est partiellement ou totalement coupable de nos ressentis personnels. La source de nos manques et de nos frustrations est perçue comme étant conséquente à l’incompétence personnelle et relationnelle de l’autre.

 

          Le fonctionnement de ce mécanisme mérite un approfondissement car la projection, sous toutes ses formes, allant du subtil jusqu’au grotesque, conditionne de façon pernicieuse la plupart de nos expériences personnelles et relationnelles. Elle provoque un détournement du flux énergétique vers le mental et restreint considérablement le regard de l’être. Ce piège altère le centrage de l'être donc ses connexions avec lui-même et les autres. Lorsque la projection est inhérente à une fermeture, à des blocages psychologiques, affectifs et/ ou énergétiques, elle ne génère qu'une multitude de pensées, de croyances, de sensations et d'émotions qui alimenteront à leur tour de nombreuses réactions. Ce processus n'engendre qu'une répétition de scenarii frustrants, contribuant inlassablement à éloigner l'être de sa nature véritable et du ressenti de son essence.

 

          Dans les faits concrets, le mécanisme de projection est omniprésent chez les êtres humains et ce, peu importe leur niveau de conscience. Dans la conscience collective, les êtres ont été encouragés à ne croire que ce qu’ils voient. L’accès aux expériences des mondes subtils leur est fortement limité. Chez les êtres qui ont entrepris une démarche personnelle de transformation, l'ouverture de conscience leur permet pour ainsi dire de voir davantage ce qu’ils croient. Mais très peu d’êtres sont conscients qu’ils ne voient que ce qu’ils pensent. Et comme les mécanismes de projection polluent la pensée humaine, peu d’êtres échappent à l’influence de ce piège dont on ne peut nier l’impact dans les dynamiques personnelles et relationnelles.

 

          L’exemple le plus courant de ce mécanisme se manifeste concrètement dès le début d’une relation amoureuse. A ce moment, on a tendance à ne voir que les aspects agréables de l’autre, déformant notre perception des aspects qui sont jugés plus dérangeants. Selon l’évolution de la relation, il se produit plus ou moins rapidement une inversion de ce mécanisme; ce sont évidemment les aspects désagréables qui nous crèvent les yeux. Cela va parfois plus loin, car même ce qui nous semblait mignon peut devenir insupportable. Cela démontre qu'une simple pensée peut changer radicalement ce qui est perçu. Cette distorsion qui découle d’une évaluation subjective de la qualité des contacts vécus avec l’autre, va considérablement restreindre le regard de l’être. Dans ces conditions, la projection bat son plein. Il devient pratiquement impossible de prendre une certaine altitude afin de mieux saisir la dynamique relationnelle.

 

          J'insiste encore et toujours sur le fait que, peu importe si les croyances véhiculées par le mental sont négatives ou positives, l'effet et les conséquences demeurent les mêmes... toujours les mêmes: les expériences ne se déroulent pas dans un espace relationnel sain mais bien dans le couloir de l'inconscience.

 

          Nous disposons fort heureusement d'une multitude de moyens de transformation. L'auto-observation et l'utilisation de l'effet miroir nous permettent de recueillir de précieuses informations favorisant une connaissance approfondie de soi. Se réapproprier ces parties de soi, c'est initier une rencontre avec tous les aspects de notre personnalité, de notre âme, de notre être tout entier.

 

          L'accueil sans jugement de tous ces aspects entraine une libération des blocages qui nous fragmentent et entretiennent la confusion en soi. Le centrage devient plus spontané et naturel. L'ouverture teinte davantage chaque jour nos expériences. Nous choisissons de ne plus accepter de jouer certains rôles limitatifs pour notre évolution.

 

          Se regarder dans nos différents miroirs est donc une étape primordiale dans ce voyage de retour vers soi. Lors du processus de transformation, l'être choisit et favorise la rencontre avec ses parties inconscientes demeurées jusqu'à ce jour bien tapies dans l'ombre de nos ombres. Il quitte graduellement les modes réactionnels et pénètre chaque fois un peu plus dans l'espace relationnel.

 

          Le caractère dérisoire de la force de la volonté de faire, de plaire, de paraitre, etc. se précise chez l'être qui ressent davantage et reconnaît dès lors sa nature réelle tournée vers l'ouverture et le partage.

         

      Nous avons un besoin impératif de regarder nos miroirs jusqu'au moment où nous acceptons de vivre un face à face avec soi-même. Il s’agit de se retrouver devant notre miroir central afin de s’ouvrir à une rencontre intime avec soi. Nous y apercevrons alors toutes nos possibilités. L'étape suivante nécessite un bond phénoménal, un saut quantique. Le choix est sans équivoque: l'Être.

 

     Être c'est oser vivre, ressentir, donc incarner pleinement, intensément et librement notre devenir.

 

          Lors de la traversée du miroir, l'être vit essentiellement l'inversion du processus de projection. C'est l'expérience intime de l'ultime introjection en ce sens que notre conscience entre en communion avec notre Présence Je Suis. Une hyper concentration de notre conscience entièrement présente se manifeste en un seul point central au cœur même de notre Être. De ce fait, on se sent partout à la fois. C'est l'expérience du ressenti à l'état pur, expérience qui n'est plus altérée par l'illusion de la séparation et par conséquent d'une distance entre tous et chacun. L’être n'envisage plus le lien, pas plus qu'il n'espère ou attend ce lien. Il ressent, jusqu'à devenir ce lien unissant toutes les parcelles de l'univers. Il ne s'identifie plus à quelques croyances ou programmations qui ne redeviennent que ce qu'elles sont : poussières de mémoires...

 

          Le regard diffère grandement puisque l’être cesse d'être dupe de simples images désuètes et dénuées de sens profond. Il y a, depuis fort longtemps, de nombreuses manipulations qui poussent les êtres à croire à l'insensé, à s'y attacher voire à s'y accrocher désespérément en attendant le bien-être et le bonheur.

 

          De l'autre côté du miroir, le regard perçant de l'ouverture nous offre tant de nouvelles perspectives. Aucune information n'est interprétée par le mental et l'émotionnel surchargés. Les informations recueillies reflètent simplement les vérités universelles.

 

          On ressent si librement et profondément les expériences humaines sans pour autant s'y identifier. On devient l'expérience et capte une réalité voire une vérité fondamentale: nous ne sommes pas l'expérience, nous sommes l'ouverture, le support matérialisé qui permet à notre être profond d'expérimenter la dimension humaine. C’est dans cet espace que nous pouvons véritablement prendre la mesure de l’incommensurable jeu cosmique.

 

          Le ressenti de cette conscience exclut inévitablement toutes les propensions de la personnalité humaine aux divers fantasmes. Chez l’humain, les désirs inconscients d’être reconnu et aimé teintent allègrement la plupart de ses attitudes et comportements. Les sentiments d’infériorité et de supériorité qui en résultent vont propulser l’être dans d’innombrables quêtes insensées.

 

          La traversée du miroir permet cette ouverture essentielle à la reconnaissance de l'importance et de la valeur de ce qui Est. C'est l'expérience de l'humilité car dans cet état de conscience, l'être n'est plus mu par des désirs irréalistes déconnectés des lois universelles. De l'autre côté du miroir, ne persistent aucun fantasme ni démonstration. De cette connexion intime avec l’Etre se manifestera simplement une voix puissante. Cette voix vous indique la Voie. Elle vous appelle à vous- même. Elle vous rappelle simplement que jamais vous ne cessez d'être. La personnalité humaine semble certes refuser par moment de participer à ce jeu cosmique mais rien n'arrête la Vie. Peu importe vos difficultés et vos tourments, votre quête véritable demeure la même et votre être profond poursuit son Expérience.

 

                                                                                            Avec Amour             Virginie

 

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