Nos mondes subjectifs

   Nous sommes des êtres peuplés d'univers subjectifs méconnus ou carrément ignorés. Ces univers foisonnent de mémoires cellulaires, de souvenirs plus ou moins inconscients de traumas, d'émotions refoulées et de programmations multiples qui conditionnent l'être à ne pas être ce qu'il est véritablement.

 

   Le paradoxe s'avère particulier puisque pour développer son objectivité, l'être a besoin d'explorer librement ses univers subjectifs. L'exploration de ces univers demeure essentielle car la plupart des êtres sous-estiment l'impact de leur influence inconsciente et persistante affectant directement le processus de traitement des informations transmises lors de toutes ses expériences personnelles et relationnelles. De nombreux mécanismes de défense dont la négation et la projection interviennent effectivement dans le processus de perception et l'interprétation des divers aspects ou faits des réalités intérieures et extérieures.

  

   La négation d'informations provenant des dimensions intérieures constitue un phénomène fréquent qui perturbe concrètement la présence à soi en déformant le contact que l'être établit avec ses diverses réalités. Le ressenti des émotions et mêmes des simples sensations demeure partiellement ou complètement bloqué dans le corps, le rendant inaccessible à la conscience. L'être, qui se retire ainsi en partie ou en totalité de sa conscience corporelle, s'investit plutôt au niveau de son univers mental. Le surinvestissement du mental s'effectue dans une perspective de fermeture et de contrôle. Ces attitudes irrespectueuses de soi créent des perturbations plus ou moins importantes; sans relation profonde avec lui-même, l'être se prive entre autre d'informations pertinentes et essentielles à la connexion et à l'expansion d'une présence intérieure authentique. L'être s'éloigne parfois tellement de lui-même qu'il ne se reconnaît plus dans ses vécus affectifs, corporels et énergétiques; il s'identifie à ce qu'il pense être ou à ce qu'il fait mais ne reconnaît plus le vécu de son être entier et global.

 

   Or dès qu'apparaît un refus, une négation ou une interprétation erronée d'un aspect de la réalité, cela entraîne nécessairement un aménagement ou arrangement quelque fois fort subtil et parfois même grotesque de la réalité. L'être devient alors beaucoup moins présent à ce qu'il vit et même à ce qui se déroule extérieurement. Un arrangement n'est et ne sera jamais la réalité. En plus de restreindre l'authenticité, les arrangements alimentent abondamment les croyances, désirs et illusions qui faussent tout autant la perception juste du réel.

 

   Les entraves au développement de l'objectivité proviennent donc, en grande partie, de blocages et/ou de programmations impliquant les dimensions psychologiques, affectives, corporelles et énergétiques. Ces blocages découlent de programmations de diverses natures renforcées par des expériences traumatiques vécues dans un état de vulnérabilité. Par la suite, l'être se fragilise et demeure vulnérable car persiste en lui un morcellement entre les différentes parties de son être. Cet état nuit évidemment à sa connaissance et à sa compréhension de lui-même. Il est d'ailleurs aisé d'observer concrètement qu'un mental surchargé et/ou un émotionnel exacerbé altèrent inévitablement l'objectivité d'un individu. Et, il ne faut pas sous-estimer la puissance des processus physiologiques et chimiques impliqués dans ces phénomènes.

 

  L'observation et l'exploration conscientes des différents aspects de toutes nos réalités tant intérieures qu'extérieures favorisent grandement le développement de la capacité à expérimenter une vision objective de toutes nos subjectivités et des incohérences qui y sont conséquentes. Mais cela nécessite une grande ouverture afin de créer un état de réceptivité et d'accueil sans jugement aucun ni interprétation de toutes les informations pertinentes émanant de ces processus. Cela passe également par l'exploration et l'expression saines de l'univers des émotions.

 

    Plusieurs êtres croient encore que le fait d'exprimer une émotion ne change en rien la réalité. Cette fausse impression découle d'une méconnaissance de l'impact de le fermeture et de ses nombreux arrangements. Une émotion refoulée ou retenue donc non exprimée, s'imprime en soi et influence la perception des faits de réalité intérieure ou extérieure. En s'ouvrant, l'être modifie sa façon de vivre la situation ou l'événement puisqu'il établit un contact avec la réalité lui permettant d'identifier plus objectivement les différents aspects de cette dite réalité. Il exprime simplement ce qu'il vit, ce qu'il pense et ce qu'il ressent, bref qui il est. C'est ainsi que l'être quitte enfin de vieux scénarii rigides, répétitifs et souffrants. En quittant le mode de survie, il découvre un espace infiniment plus intéressant et stimulant. Au bout du compte, s'exprimer équivaut à créer sa vie et à retrouver le chemin vers la lumière intérieure, notre essence véritable.

 

    Seule une connaissance approfondie de soi nous permet de différencier la source et la signification de ressentis particuliers. Il est facile par exemple, de confondre le ressenti d'une peur de se faire avoir (découlant d'une méfiance) avec celui d'un signal d'alarme plutôt émis par notre discernement. Le malaise ressenti lors de ces deux manifestations se ressemble en divers points mais il s'agit d'un piège dans le premier cas tandis que dans le deuxième cas l'information provient d'un mécanisme sain. Cela devient primordial de distinguer ces subtilités car une réaction basée sur une peur irrationnelle pourrait notamment provoquer la fuite d'une situation susceptible de favoriser la transformation personnelle. Cet évitement empêche à la fois, la résolution de vieux conflits et l'expérience de nouvelles possibilités d'ouverture. Par contre, si la peur déclenchée par un signal réaliste de danger est ignorée, cela peut exposer inutilement l'être à des situations difficiles et éprouvantes freinant son cheminement. Il ne s'agit évidemment pas de rechercher le chemin "parfait" car tout peut devenir source d'apprentissage. Il s'agit davantage de miser sur une diminution des pertes de temps, d'énergie et de souffrances afin justement de mettre notre énergie au service des priorités de notre être véritable.

 

    L'ouverture à notre espace intérieur entraîne la redécouverte et l'exploration de nos pouvoirs d'expression, de communication, de guérison et de création. La rencontre avec nos peurs et l'exploration de nos émotions nous permettent d'accéder à de précieuse informations essentielles à l'approfondissement de notre connaissance de nos états d'être, de nos besoins réels; elle favorise grandement la relation à soi. L'expression des peurs et des émotions quant à elle, nous permet de nous faire connaître aux autres; donc d'approfondir notre relation à l'univers extérieur.

 

   La conscience mise au service de la présence... l'expérience d'une intelligence nouvelle... une présence d'esprit qui s'allie à une présence de coeur, et qui permet à l'être de se déplacer aisément et librement dans différents espaces personnels et relationnels. Cette alliance favorise l'expérience concrète de cet état intérieur d'ouverture dans lequel le ressenti affectif, corporel ou énergétique est utilisé de concert avec les facultés intellectuelles.  L'être observe, explore, vit et ressent différents aspects de ses réalités intérieures ou extérieures mais il perçoit nettement la distinction entre chaque élément tout en saisissant l'influence et l'interconnexion existant entre eux.

 

Virginie

 

 

 

 

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